Citation de la semaine

Le navigateur français Loïck Peyron a dit que « le plus beau voyage, c’est celui qu’on n’a pas encore fait« .

Alors, il peut bien évidemment s’agir d’un voyage dans une autre région de France ou à l’étranger, à la découverte de populations inconnues, de civilisations anciennes, de paysages inattendus qui font que ce voyage devient le plus beau de tous nos voyages.

Mais je crois que cette citation s’applique également à nos vies. La vie nous conduit certains jours sur le chemin de l’imprévisible et ce sont toutes les petites choses inespérées qui surviennent sans qu’on sache trop pourquoi mais qui la rendent encore plus belle : c’est cette rencontre inattendue, cet événement improbable, ce projet professionnel qu’on avait imaginé mais sans les opportunités qui se présentent soudain, ces journées à venir qui nous réservent de belles surprises … Alors, laissez-vous porter et vivez votre plus beau voyage.

Sur la photo, il s’agit de La Granvillaise, une bisquine, la réplique d’un bateau typique de la baie du Mont-Saint-Michel au XIXe siècle qui servait notamment au dragage des huîtres.

Belle journée et belle semaine.

A la rencontre d’Eunice

Vendredi 18 février 2022. Il est 10h30 environ. J’arrive à Goury, une petite terre au bout du monde, à la pointe de la Hague, dans le Cotentin. C’est un endroit sublime qui abrite un petit port et un phare de 50 mètres de haut. Je suis venue ici pour immortaliser le passage de la terrible Eunice.

Mais Eunice, c’est qui ou plutôt c’est quoi ?

Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité, Eunice c’est la très forte tempête hivernale qui a « débarqué » le vendredi 18 février, provenant du sud de l’Irlande et envahissant les côtes françaises du Cotentin et de la Normandie toute entière jusqu’au Nord Pas-de-Calais. Cette tempête imprévisible a occasionné de violentes rafales de vent de sud-ouest, variant de 100 à 140 km/h dans le Cotentin, avec un record à 149 km/h enregistré à Barfleur en milieu de journée. Les rafales de vent ont également atteint d’autres records dans les Hauts de France.

A mon arrivée, j’aperçois déjà d’autres photographes amateurs et professionnels et de nombreux curieux venus admirer le spectacle. J’entame une conversation avec un photographe venu de Coutances pour l’occasion. Il est là depuis 8h30. Il a vu la mer se transformer et a même pu apercevoir un phoque qui, apeuré et perturbé à la fois par la tempête et les gens attroupés, a rapidement pris la fuite.

Le coefficient de la marée est de 91 pour une mer pleine à 9h20. Face à moi, le raz Blanchard, connu pour la force de ses courants et ses vagues même les jours sans vent, s’est métamorphosé tel un champ de bataille comme si les vagues immenses avaient décidé de prendre possession des terres haguaises. Eunice mène le combat et ses déferlantes se dressent de toutes leurs hauteurs. Aujourd’hui, Eole et Poséïdon se jouent des hommes. Ce n’est pourtant pas un jeu. S’agit-il alors d’un combat mené par la nature ? Dans ce cas, il est très inégal. Il est évident que l’homme ne fait pas le poids. Il n’a d’ailleurs aucune chance. Durant ce vendredi, la mer est indomptable et rien ne semble pouvoir l’apaiser.

Une chance, il ne pleut pas bien que les embruns rendent les environs très humides. Je m’équipe de mes objectifs choisis pour l’occasion : le 70-200 mm et le 150-600 mm que j’utilise à Goury. Plus tard dans la journée, j’utiliserai le 24-70 mm au Cap Lévy. Certaines personnes ont fait le choix de s’approcher au plus près de la mer, juste à côté de la station de sauvetage de la SNSM qui abrite le « Mona Rigolet« , le canot tout temps qui sert actuellement aux sauvetages en mer et qui sera remplacé l’année prochaine après plus de 30 années de service. A ce moment, mes pensées se tournent vers ces marins bénévoles : que peuvent-ils bien éprouver et ressentir à chaque sortie en mer ? D’autres se sont positionnés juste en face du phare, à proximité de la Croix du Vendémiaire, monument commémoratif en souvenir du naufrage du sous-marin Vendémiaire en 1912.

Pour ma part, je fais le choix de rester en retrait pour deux raisons : la prudence (les rafales de vent et la tempête est à son comble durant les heures où je suis sur place) et les angles de prises de vues. De là où je me trouve, la vue est propice à une infinité d’angles de vue et mes objectifs me permettent de photographier tout en restant à bonne distance. Une place idéale pour admirer le spectacle dans sa globalité.

J’emprunte donc le chemin qui se situe à quelques dizaines de mètres du port et je m’abrite derrière les murets typiques de la Hague. Je me déplace difficilement entre les rafales de vent et je suis obligée de trouver des appuis sur les petits murs pour garder une certaine stabilité. L’inspiration est déjà là.

La mer se tient devant moi, à la fois immense et inaccessible, impressionnante et majestueuse. Ses déferlantes apparaissent toujours plus démesurées. Elle nous rappelle ici que c’est la nature qui décide et qui reprend ses droits quand elle le veut. Devant ces gigantesques vagues, je me sens toute petite et en même temps si convaincue d’être à ma place pour immortaliser ce moment. Que de sensations ressenties devant ce décor exceptionnel ! Les vagues se transforment en des représentations fantasmagoriques absolument extraordinaires ! Mon œil ne sait plus où regarder : trop d’images uniques à la fois ! Un sentiment fort d’immensité m’envahit soudain. Je me retrouve hors du temps. Avec mon appareil photo, j’essaie de capter chaque détail, d’éterniser chaque moment, d’apprivoiser le sujet si cela semble possible dans ces circonstances.

Eunice c’est comme un feu d’artifice. Il y a le son, ce bruit assourdissant des rafales et des vagues grandioses, et il y a cette infinité de couleurs qui ravirait la palette d’un peintre. Il ne s’agit pas de feu mais d’eau, un élément parfois tout aussi périlleux.

Je quitte Goury vers midi. Mais je n’en reste pas là avec Eunice. Je suis curieuse de voir de quelle manière la tempête évolue dans le Val de Saire, de l’autre côté du Cotentin. Je pars donc en direction du Cap Lévy à Fermanville. Le vent souffle de plus en plus fort ; la tempête est à son comble sur le littoral. Pourtant, sur Cherbourg, malgré le vent, la mer paraît calme, presque trop calme. Le remorqueur d’assistance et de sauvetage, l’Abeille Liberté, est posté dans la rade, prêt à intervenir en cas de besoin.

J’arrive au port du Cap Lévy. La mer est toute aussi déchaînée qu’à Goury mais le soleil qui se faisait timide en fin de matinée, est bien présent ici. Cette lumière m’offre une palette de couleurs tellement différente de Goury mais toute aussi inspirante et exaltante. Des arcs-en-ciel se forment constamment au-dessus des gigantesques vagues qui s’engouffrent dans le petit port. Je me poste, un peu à l’abri, contre le pignon et le petit muret qui jouxtent le port. C’est un moment aussi magique qu’à Goury. Rien n’arrête les déferlantes. Elles poursuivent leur chemin sur l’unique route qui mène au fort et que je vais bientôt emprunter.

Je reprends la route direction le Fort du Cap Lévy. Difficile de pénétrer dans l’enceinte du fort comme si le vent avait décidé qu’aujourd’hui il prenait possession des lieux. Le paysage, lui aussi, reste toujours aussi imprenable ; je ne m’en lasserai jamais. Un lieu tout aussi fascinant que Goury. Ici, la mer pourrait presque paraître plus paisible mais ce n’est seulement qu’une apparence.

Aujourd’hui et pour quelques heures encore, la mer se déchaîne et apparaît sous son jour le plus menaçant. Elle révèle dans toute sa splendeur son côté sauvage et dangereux. Elle reste pourtant captivante à mes yeux et cela ne m’empêche pas de l’affectionner car elle fait partie de ce que je suis. Je suis née dans le Cotentin et j’y vis ; je côtoie cette mer depuis mon enfance. Il est pour moi inconcevable de rester longtemps éloignée d’elle. Elle est mon oxygène les jours où le monde ne tourne pas rond, les jours remplis de doute, les jours où rien ne va. Comment imaginer, même une seule seconde, vivre loin de cette mer si essentielle pour moi, habitante du Cotentin et du littoral ?

A 14h : fin du spectacle pour moi mais pas pour Eunice qui restera quelques heures encore sur les côtes pour le régal de nos yeux. Pour ma part, je rentre chez moi avec quelques milliers de photos à trier. Je vous laisse imaginer, à la fin de mon périple, l’état du matériel blanchi par le sel, une coupe de cheveux des plus originales, la peau desséchée par les embruns, les mains et les bras endoloris par le poids de l’appareil et du téléobjectif tenus à bouts de bras plusieurs heures d’affilée. Mais cela en valait tellement la peine : j’ai la tête remplie d’images spectaculaires et inoubliables et les sensations qui m’ont envahie durant cette journée ne disparaîtront que tard dans la soirée.

Dès le lendemain, Eunice fait presque déjà partie du passé et cède sa place à la tempête Franklin.

Citation de la semaine

Après avoir été, vendredi matin, à la rencontre de la terrible tempête Eunice en bord de mer (je vous en parle plus longuement dans un prochain article), j’ai eu envie de citer William Arthur Ward, auteur américain (1921-1994) :

« The pessimist complains about the wind ; the optimist expects it to change ; the realist adjusts the sails« .

« Le pessimiste se plaint du vent ; l’optimiste espère qu’il va changer ; le réaliste ajuste ses voiles« .

Bien évidemment, cette citation ne s’applique pas qu’en situation de vent et de tempête.

Et vous, vous êtes plutôt un(e) pessimiste, un(e) optimiste ou un(e) réaliste ?

Belle semaine.

Citation de la semaine

« N’ayez pas d’ambitions modestes : elles sont aussi difficiles à atteindre que les grandes« .

Raphaëlle Giordano, Le bazar du zèbre à pois.

Voir grand et suivre son intuition. Voir toujours plus grand et voir bien au-delà.

Belle journée et belle semaine.

Photographie prise depuis le rivage à Quettehou avec l’île de Tatihou au loin.

Les cigognes dans le Cotentin

Après avoir passé l’année 2021 à observer les cigognes blanches sur différents sites du Cotentin – je précise « cigognes blanches » car saviez-vous qu’il existe aussi des cigognes noires ? – , j’avais envie de leur consacrer un article parce que ce sont des oiseaux fascinants à la fois par le trajet migratoire qu’ils peuvent effectuer et par leur comportement.

Aujourd’hui, je parle des cigognes blanches dans le Cotentin. Dans de prochains articles, j’ai prévu de parler d’autres espèces car il est important de préserver la biodiversité qui nous entoure. On peut agir à tous les niveaux : individuellement en acceptant la présence de différentes espèces dans notre jardin, dans notre mare, dans nos champs, en leur laissant toute la tranquillité possible dont ils ont besoin lors de leur passage, ou même collectivement en leur réservant un bon accueil et en garantissant leur sauvegarde, que ce soit dans une commune, un département, une région, un territoire bien ciblé.

La croissance de la population des cigognes dans le Parc des marais du Cotentin et dans d’autres régions françaises est aujourd’hui en constante augmentation. Il est toutefois nécessaire de continuer à préserver cette espèce comme beaucoup d’autres parce qu’elles sont utiles à la biodiversité de notre planète.

Je tiens à préciser que pour observer et photographier les cigognes, comme toute autre espèce d’ailleurs, il faut toujours rester à bonne distance afin de ne pas les déranger. Le téléobjectif de mon appareil photo me permet de garder cette distance nécessaire. D’une manière générale, s’approcher trop près des animaux sauvages pour les observer et les photographier peut avoir des conséquences graves : les animaux peuvent arrêter de s’alimenter, cela peut compromettre la reproduction et la période de couvaison, ils peuvent également abandonner leurs petits. Aussi, lorsque vous partez vous promener seul(e) ou en famille à la découverte du milieu naturel, pensez-y. Prenez garde à tout dérangement qui pourrait avoir des conséquences : soyez discret, essayez de vous rendre « invisible » ou presque pour les animaux, en vous tenant à distance.

Un peu d’histoire et quelques chiffres

La cigogne blanche est une espèce protégée en France. Pourquoi ? En 1974, le seuil d’extinction des cigognes blanches est atteint en France car il ne reste que 11 couples : 9 en Alsace, 1 en Ille-et-Vilaine et 1 dans la Manche.

Plusieurs causes expliquent le dépérissement de cette espèce : une chute du taux de survie des adultes liée à de fortes sécheresses en Afrique, des électrocutions sur les lignes électriques aériennes, une importante mortalité due à la chasse, en particulier sur les lieux d’hivernage africain (au Mali notamment), la destruction des habitats de nidification, les changements subis par les milieux naturels et les espaces agricoles (assèchement des zones humides, intensification de l’agriculture, drainage des marais, artificialisation des prairies, usage intensif des pesticides).

Pour faire face à ce problème, des ornithologues et des passionnés se mobilisent :

  • pour créer des enclos consistant à réintroduire par la suite des cigognes ayant passé 2 à 3 ans en captivité comme en Alsace-Moselle ;
  • pour mettre en place des supports artificiels ou plateformes de nidification comme en Charente-Maritime et dans les départements plus récemment colonisés par l’espèce.

Parallèlement, un programme de sensibilisation et de suivi scientifique de la cigogne blanche est mis en place :

  • Des balises Argos sont posées sur des cigogneaux afin de suivre une migration complète (aller et retour). Plus d’informations sont disponibles sur le site https://www.migraction.net/index.php?m_id=1517&bs=7 . C’est une base de données vraiment très intéressante qui permet de faire un suivi régulier de la migration active sur un même site année après année.
  • Un programme national de reconnaissance est mis en place (http://ciconiafrance.fr/presentation_programme.pdf) avec la pose de bagues métalliques puis de bagues DARVIC colorées (depuis 2001) pour étudier le comportement migratoire de la cigogne blanche. Sur le site ciconiafrance.fr , vous pouvez à la fois saisir vos observations concernant une ou plusieurs cigognes blanches et voir le CV de l’oiseau en question. Je trouve cela absolument génial car ce programme permet à chacun de participer et d’écrire ainsi l’histoire de chaque cigogne baguée. Une cigogne est actuellement mise à l’honneur sur ce site car elle a été baguée pour la 1ère fois en 1989 dans le parc du Teich en Gironde et a été revue et photographiée dans ce même parc en mai 2021 soit quasiment 32 ans après son baguage, ce qui en fait la doyenne des cigognes vivantes.

Au XXIe siècle, les cigognes sont en constante augmentation en France. Chaque année, 32 départements accueillent des cigognes. En 2010, on recense 1 600 couples nicheurs. En 2015, ils sont au nombre de 2 821. Le nombre atteint environ 4 500 couples en 2020 (contre seulement 315 en 1994).

Si les cigognes sont présentes majoritairement en Charente-Maritime, dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin – cet oiseau migrateur est d’ailleurs devenu un véritable symbole dans ces départements -, on en trouve également en Normandie et en particulier dans le Cotentin.

Il est possible d’observer les cigognes blanches sur toute la zone du Parc des marais du Cotentin et du Bessin où elles se plaisent et sont de plus en plus nombreuses à revenir chaque année voire à rester. J’ai pu en observer 2 à la Maison du parc à St-Côme-du-Mont en tout début d’année, 2 à Ravenoville, 1 à Picauville, plus d’une trentaine d’individus durant la période hivernale au Château de la Rivière à St-Fromond, chiffre bien évidemment multiplié durant le printemps et l’été suite aux naissances, 1 dans l’enceinte du château d’Olonde à Canville-La-Rocque, 1 dans les marais de Selsoif à St-Sauveur-Le-Vicomte, 1 dans les marais de la Sangsurière situés sur la commune de Doville et 2 à proximité du site de la Fière à Sainte-Mère-Eglise. Le Parc des marais accueille 4 à 5 % des effectifs français et est la principale zone de nidification en Normandie avec 43 % des effectifs normands.

Selon les études du Groupe Ornithologique Normand (GONm), on dénombrait 70 couples en 2010, environ 100 couples en 2012, 117 en 2015, 147 en 2016, 202 couples en 2019, 228 couples en 2020 soit environ 500 individus dans le Parc régional des marais du Cotentin et du Bessin. Cette population augmente de 10 % chaque année avec un taux de survie de 50% chez les jeunes et de 90% chez les adultes.

Description de la cigogne

Plus connue que ses cousines les cigognes noires, les cigognes blanches appartiennent à la famille des circoniidés ou échassiers : ce sont de grands oiseaux à long cou, long bec et longues pattes rouge-oranger, au plumage noir et blanc. La Ciconia ciconia est un oiseau migrateur qui mesure entre 95 et 115 cm de hauteur, pour un poids qui varie entre 2,3 kg et 4,5 kg, et une impressionnante envergure d’ailes de 180 à 215 cm. Ses yeux sont cerclés de noir. Il est difficile de distinguer le mâle et la femelle tant ils se ressemblent physiquement. Son espérance de vie peut varier de 20 à 30 ans.

A la naissance, le cigogneau a un duvet clairsemé, composé de courtes plumes blanchâtres et son bec est noir. Son duvet est remplacé environ une semaine plus tard par un plumage plus dense de duvet blanc et laineux. Mais c’est seulement l’été suivant que le plumage, les pattes et le bec du cigogneau prendront leur aspect et leur couleur définitifs.

Migration et reproduction

Dans le Cotentin, la cigogne blanche occupe majoritairement des espaces ouverts et humides, des marais et des prairies humides.

Les premières retours migratoires d’Afrique vers le Cotentin ont lieu entre janvier et fin février. Toutefois, les retours sont de plus en plus précoces chaque année (pic décalé de 15 jours en 5 ans) et certaines cigognes arrivent dès Noël selon les années. Les couples expérimentés reviennent sur le territoire entre janvier et fin mars. Les plus jeunes sont les derniers à arriver, entre fin mars et fin avril. Cela concerne surtout de jeunes oiseaux tentant une première reproduction. La maturité sexuelle est atteinte à l’âge de 3-4 ans.

La nidification est soit solitaire, soit coloniale comme c’est le cas au Château de la Rivière à St-Fromond où l’on dénombre une quarantaine de nids. Les cigognes blanches passent le printemps et l’été dans le Parc des marais du Cotentin et du Bessin. La plupart repartiront en août et septembre. Toutefois, quelques cigognes adultes deviennent sédentaires au fil des années et passent l’hiver dans le Cotentin.

Les cigognes nichent sur de vieux arbres, sur des plateformes aménagées par l’homme et également sur des constructions humaines : des murs, des cheminées, des pigeonniers, sur des bâtiments en ruines comme au Château de la Rivière à St-Fromond.

Dès son retour sur le site de nidification, le mâle prend possession de son territoire en attendant la femelle qui arrive peu de temps après. La cigogne est monogame, les couples reviennent en général nicher au même endroit d’une année sur l’autre. Un fois le couple formé, la construction ou la réfection du nid commence. Le nid étant pérenne, il peut atteindre des dimensions et un poids très importants pouvant aller jusqu’à 500 kg.

Il est intéressant d’observer le comportement des cigognes durant la parade nuptiale où elles effectuent des salutations mutuelles dans le nid accompagnées de claquements de bec assez impressionnants à entendre. Si vous avez l’occasion d’aller les observer, prenez le temps d’écouter ce claquement de bec qu’elles font assez fréquemment. On dit alors que les cigognes claquettent, craquettent ou encore qu’elles glottorent.

La ponte débute de mars jusqu’à la fin avril pour les plus jeunes couples inexpérimentés. Les cigognes pondent 4 ou 5 oeufs à raison d’un tous les 2 jours. L’incubation dure entre 32 et 35 jours. La couvaison et l’élevage des jeunes sont assurés par les deux parents. Les premières naissances sont attendue pour la fin avril. Dans le Parc des marais du Cotentin, il y a en moyenne 3 naissances pour un taux d’envol de 2 à 2,5. A l’âge de 7 semaines, les cigogneaux se tiennent debout dans le nid qu’ils quitteront environ une semaine plus tard puisque le premier vol intervient vers 55 – 60 jours. Les jeunes quittent ensuite le nid mais reviennent y passer la nuit une quinzaine de jours encore.

A partir du mois d’août et jusque fin septembre, les cigognes blanches quittent le Cotentin pour rejoindre l’Afrique en franchissant le Détroit de Gibraltar. Les zones d’hivernage se situent principalement entre le Sénégal et le Cameroun. Les cigognes voyagent plutôt en groupe et uniquement de jour. Elles parcourent environ 150 à 300 km par jour en moyenne et se rassemblent en dortoir pour la nuit. Les cigognes évitent de traverser les mers et les grandes forêts tropicales mais traversent facilement les déserts.

Certaines cigognes hivernent en France, en Espagne et en Afrique du Nord. Chaque année, ce sont entre 1 000 et 1 500 individus qui hivernent en France. Cette sédentarité peut s’expliquer par un réchauffement du climat donnant des hivers plus doux. Dans le Cotentin, durant l’hiver 2018-2019, on dénombrait 65 individus dans le Parc des marais et en 2019-2020, ce sont 70 individus qui sont restés durant la période hivernale. Je suis retournée observer les cigognes au château de la Rivière à St-Fromond début décembre. Une trentaine d’individus se trouvait à proximité des ruines du château.

Alimentation

Quand on évoque la cigogne blanche, très souvent cet oiseau est encore très souvent « catalogué » comme un oiseau se nourrissant uniquement de déchets. Il est vrai que les décharges à ciel ouvert à proximité des milieux humides ont souvent constitué les premières zones d’installation des cigognes blanches que ce soit en France ou à l’étranger. C’est d’ailleurs le cas avec l’ancien château de la Rivière situé à proximité du centre d’enfouissement de Saint-Fromond. La cigogne blanche peut malheureusement puiser sa nourriture dans les décharges publiques et les centres d’enfouissement de déchets, ce qui n’est pas sans danger pour elle. On a trouvé dans l’estomac de certaines cigognes des restes indigestes comme des caoutchoucs ingérés, pris pour des vers, entraînant la mort par occlusion. Ci-dessous, vous pouvez voir quelques photos que j’ai prises de jeunes cigogneaux tenant un morceau de caoutchouc dans leurs becs. Et malheureusement, pas de possibilité d’intervenir.

Aujourd’hui, la richesse du milieu naturel du Parc des marais du Cotentin offre de nombreuses ressources alimentaires dans les champs et les zones humides pour nourrir les cigognes blanches. Elle se nourrissent essentiellement d’insectes comme les sauterelles et les criquets, de vers de terre mais aussi et surtout d’écrevisses de Louisiane. L’écrevisse de Louisiane est désormais un réservoir exceptionnel de nourriture pour les hérons, les aigrettes, les spatules et les cigognes. Elle peut composer jusqu’à 95% du régime alimentaire des cigognes qui contribuent ainsi à limiter la prolifération de cette espèce invasive, menace pour les herbiers aquatiques, la ponte des poissons et les batraciens des marais. Les grenouilles et les petits mammifères tels que les mulots viennent ensuite après les insectes et les écrevisses de Louisiane. La cigogne blanche a parfois été accusée à tort de la disparition des batraciens. Toutefois, la diminution des populations de batraciens dans les marais français reste davantage liée à la dégradation générale des habitats et de la qualité de l’eau (irrigation intensive, usage de produits phytosanitaires et autres polluants, drainages, introduction d’espèces exogènes comme l’écrevisse de Louisiane) qu’à la présence de cigognes.

L’effort pour préserver les colonies de cigognes doit se poursuivre car les causes responsables de la quasi-extinction des cigognes blanches en France il y a presque 50 ans sont toujours présentes. Dans le Cotentin, il est important de maintenir l’activité agricole dans les marais, de continuer à gérer les prairies humides et de préserver les vieux arbres en bord de marais au lieu de les couper.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir et d’aller observer seul(e) ou en famille ces oiseaux migrateurs magnifiques.

Et comme je ne manque jamais une occasion pour parler de livres sur ce blog, je vous invite à lire (ou à le relire si vous l’avez déjà lu) le premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le vol de cigognes (1994). Cet excellent thriller raconte l’histoire d’un étudiant passionné d’ornithologie qui va suivre de près la migration des cigognes jusqu’en Afrique pour découvrir pourquoi bon nombre d’entre elles a disparu. Je ne vous en dis pas plus. Lisez-le !

Bonne lecture et bonne découverte des cigognes !

Sources :