L’apiculteur d’Alep – Christy Lefteri

Vu de l’extérieur, un livre avec une couverture haute en couleur, la couleur rouge, la couleur de la grenade et de la terre.

Vu de l’intérieur, un récit. Le récit de Nuri, apiculteur à Alep, et de sa femme, Afra, artiste, condamnés à fuir leur pays natal, la Syrie, avec pour seuls bagages, la violence des souvenirs, la peur, la douleur et le deuil. L’auteure, qui a travaillé plusieurs années dans un camp de migrants à Athènes, décrit avec réalisme le long périple que chaque migrant doit vivre et subir, les étapes par lesquelles il doit passer pour survivre – s’il y parvient – et se reconstruire après avoir tout perdu, jusqu’à sa propre identité. Elle décrit le quotidien, ce quotidien que l’on ne voit qu’à travers des images incomplètes et erronées au JT ou que l’on ne voit que sous forme de statistiques dans les journaux et les magazines. Elle rend réel et concret ce qui nous paraît si lointain. Elle donne une autre dimension au périple imposé au couple migrant qui va devoir traverser la Turquie et la Grèce avant de pouvoir rejoindre l’Angleterre : une dimension humaine.

L’originalité de ce livre réside par ailleurs dans la construction du récit. Ecrits à la 1ère personne, certains chapitres du roman se terminent sur une phrase inachevée à laquelle il manque un mot. Ce mot, apparaît seul sur la page suivante et deviendra le 1er mot du chapitre suivant. Il servira de jonction entre ces deux chapitres. De cette manière, l’auteure nous transporte à travers le temps par associations d’idées, d’odeurs, de parfums et de couleurs. Elle écrit alors à la 3e personne et nous fait vivre les flashbacks dans le récit.

C’est un roman bouleversant mais rempli d’espoir, un roman qui nous fait passer de la nuit vers la lumière, du désespoir vers l’espérance, un roman rempli d’humanité et de résilience.

A découvrir.

Et pour celles et ceux qui l’ont lu, qu’en avez-vous pensé ?

Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson

J’avais voulu lire ce livre un peu par curiosité suite à la venue de Jean Dujardin dans le Cotentin il y a environ 5 semaines pour tourner l’adaptation cinématographique de cet ouvrage. Et quelle ne fut pas ma surprise ! J’ai été conquise ! Ce récit m’a impressionnée par son écriture étonnante, une écriture authentique et inspirée avec de nombreuses références d’auteurs et de citations, certaines soulignant la formation de géographe de l’auteur.

Suite à sa chute d’un toit et après avoir été hospitalisé 4 mois, Sylvain Tesson choisit de faire sa rééducation lui-même et décide de traverser la France à pied en empruntant les chemins noirs – il ne s’agit évidemment pas des sentiers de randonnée actuels mais bel et bien des sentiers anciens et ruraux utilisés autrefois par les paysans, des sentiers qui n’existent presque plus. Accompagné certains jours sur son parcours par ses amis Cédric Gras, Arnaud Humann et Thomas Goisque ou encore par sa soeur , l’auteur part finalement à la rencontre d’une France rurale en train de disparaître, effacée peu à peu par une transformation du paysage géographique français au cours des dernières décennies. Il entame alors une sorte de « journal de marche » où il raconte ce périple l’amenant chaque jour à se dépasser un peu plus pour finalement l’entraîner à la découverte de lui-même.

Il part le 24 août du Mercantour pour arriver le 8 novembre à Jobourg dans le Cotentin, en passant par le Comtat Venaissin, le Mont Vézère (Cévennes), l’Aubrac, les Monts du Cantal, Ussel, la Touraine, Laval, le bocage mayennais, le Mont-Saint-Michel et le littoral de la Manche. L’auteur dévoile tour à tour son regard à la fois de botaniste, de naturaliste et bien évidemment de géographe.

En lisant cet ouvrage, je lis une ode à la ruralité et à la nature, aux paysages ruraux et sauvages qui se raréfient de plus en plus en France. L’auteur célèbre ce retour à la nature, cette nature à la fois calme et apaisante mais aussi vivifiante. Toujours ce retour à l’essentiel.

Son écriture m’a frappée par toute cette richesse de références. Sylvain Tesson dépose ici et là avec justesse des citations d’Epicure, de Xénophon et son Economique, de Fernand Braudel évidemment, de Charles Maurras, Tolstoï, Lamartine, Rousseau, Nerval, Lévi-Strauss, Théophile Gautier, Giono, Pagnol, Cocteau et bien d’autres encore. Il parle à plusieurs reprises de notre dandy cotentinois, Jules Barbey d’Aurevilly. Qui peut citer tous ces auteurs de nos jours en si peu de pages et avec tellement de justesse ? Il évoque aussi des peintres comme Géricault, Cézanne ou encore Picasso.

Pour ce qui est de la Manche, Sylvain Tesson parle brièvement du Mont-Saint-Michel, puis remonte vers le Cotentin avec Genêts, Granville, où les chemins du littoral prennent le relais des chemins noirs, enchaîne avec Pirou-plage, Lindbergh-plage, Le Rozel, remarquant les murets des bocages et la haie bocagère, Flamanville, Sciotot, Diélette, le cap de la Hague, les dunes de Biville, le nez de Jobourg, le phare de Goury et pour finir, le sémaphore de la Hague et Omonville la Rogue.

Ce livre s’achève malheureusement trop vite comme si l’auteur était pressé d’arriver dans la Hague et d’en finir avec ce long périple. A mon grand regret, Sylvain Tesson décrit finalement très peu le Cotentin et ses chemins. Il n’en reste pas moins que c’est un très bon livre et que je le recommande vivement.

Pour les Cotentinois(es), vous pourrez retrouver ce livre à la bouquinerie Le Vent des Livres dès demain.

Et pour celles et ceux qui l’ont lu, qu’en avez-vous pensé ?