Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson

J’avais voulu lire ce livre un peu par curiosité suite à la venue de Jean Dujardin dans le Cotentin il y a environ 5 semaines pour tourner l’adaptation cinématographique de cet ouvrage. Et quelle ne fut pas ma surprise ! J’ai été conquise ! Ce récit m’a impressionnée par son écriture étonnante, une écriture authentique et inspirée avec de nombreuses références d’auteurs et de citations, certaines soulignant la formation de géographe de l’auteur.

Suite à sa chute d’un toit et après avoir été hospitalisé 4 mois, Sylvain Tesson choisit de faire sa rééducation lui-même et décide de traverser la France à pied en empruntant les chemins noirs – il ne s’agit évidemment pas des sentiers de randonnée actuels mais bel et bien des sentiers anciens et ruraux utilisés autrefois par les paysans, des sentiers qui n’existent presque plus. Accompagné certains jours sur son parcours par ses amis Cédric Gras, Arnaud Humann et Thomas Goisque ou encore par sa soeur , l’auteur part finalement à la rencontre d’une France rurale en train de disparaître, effacée peu à peu par une transformation du paysage géographique français au cours des dernières décennies. Il entame alors une sorte de « journal de marche » où il raconte ce périple l’amenant chaque jour à se dépasser un peu plus pour finalement l’entraîner à la découverte de lui-même.

Il part le 24 août du Mercantour pour arriver le 8 novembre à Jobourg dans le Cotentin, en passant par le Comtat Venaissin, le Mont Vézère (Cévennes), l’Aubrac, les Monts du Cantal, Ussel, la Touraine, Laval, le bocage mayennais, le Mont-Saint-Michel et le littoral de la Manche. L’auteur dévoile tour à tour son regard à la fois de botaniste, de naturaliste et bien évidemment de géographe.

En lisant cet ouvrage, je lis une ode à la ruralité et à la nature, aux paysages ruraux et sauvages qui se raréfient de plus en plus en France. L’auteur célèbre ce retour à la nature, cette nature à la fois calme et apaisante mais aussi vivifiante. Toujours ce retour à l’essentiel.

Son écriture m’a frappée par toute cette richesse de références. Sylvain Tesson dépose ici et là avec justesse des citations d’Epicure, de Xénophon et son Economique, de Fernand Braudel évidemment, de Charles Maurras, Tolstoï, Lamartine, Rousseau, Nerval, Lévi-Strauss, Théophile Gautier, Giono, Pagnol, Cocteau et bien d’autres encore. Il parle à plusieurs reprises de notre dandy cotentinois, Jules Barbey d’Aurevilly. Qui peut citer tous ces auteurs de nos jours en si peu de pages et avec tellement de justesse ? Il évoque aussi des peintres comme Géricault, Cézanne ou encore Picasso.

Pour ce qui est de la Manche, Sylvain Tesson parle brièvement du Mont-Saint-Michel, puis remonte vers le Cotentin avec Genêts, Granville, où les chemins du littoral prennent le relais des chemins noirs, enchaîne avec Pirou-plage, Lindbergh-plage, Le Rozel, remarquant les murets des bocages et la haie bocagère, Flamanville, Sciotot, Diélette, le cap de la Hague, les dunes de Biville, le nez de Jobourg, le phare de Goury et pour finir, le sémaphore de la Hague et Omonville la Rogue.

Ce livre s’achève malheureusement trop vite comme si l’auteur était pressé d’arriver dans la Hague et d’en finir avec ce long périple. A mon grand regret, Sylvain Tesson décrit finalement très peu le Cotentin et ses chemins. Il n’en reste pas moins que c’est un très bon livre et que je le recommande vivement.

Pour les Cotentinois(es), vous pourrez retrouver ce livre à la bouquinerie Le Vent des Livres dès demain.

Et pour celles et ceux qui l’ont lu, qu’en avez-vous pensé ?

Comment j’ai arrêté de manger les animaux – Hugo Clément

Cela fait quelques semaines que je n’ai pas publié sur mes lectures. Ce n’est pas que je n’ai pas lu bien au contraire. Alors c’est parti !

Je commencerai par ce livre de Hugo Clément et des deux dernières phrases de son livre : « Si la majorité des habitants de cette planète devenaient végétariens, nous aurions réglé une partie du problème climatique et mis fin à la souffrance de milliards d’animaux. Le pouvoir est dans notre assiette« . Ces phrases résument assez bien ce que l’auteur veut nous faire comprendre.

Hugo Clément ne juge pas. J’aime beaucoup lorsqu’il précise avec justesse que l’ « On peut être quelqu’un de bien et manger un steak tous les jours. On peut aussi être un salaud végétarien« . Il explique en toute simplicité son choix de ne plus manger d’animaux tout en respectant celui de certains de ses proches qui ne sont pas prêts d’arrêter de consommer de la viande ou qui ne souhaitent pas s’en passer. L’auteur veut nous faire prendre conscience de l’oubli de la sensibilité et de l’intelligence des êtres vivants que nous mangeons, des effroyables conditions dans lesquelles la plupart du temps ils naissent, vivent et meurent, des conséquences de ces élevages intensifs et de notre surconsommation de viande et de poisson sur l’écologie.

L’écriture est fluide ; les chapitres s’enchaînent facilement. Pas de longues explications alambiquées comme dans certains essais ou documentaires qui perdent vite le lecteur avec trop de chiffres ou d’explications rébarbatives. Ici, les arguments de l’auteur sont simples et percutants. Il est à l’aise avec le sujet et peut en parler aisément. C’est ce qui rend le livre vraiment intéressant : un mélange du vécu de l’auteur, de ses rencontres pour l’écriture de cet ouvrage et des études scientifiques réalisées en lien avec le sujet.

Pour ma part, habitant à la fois à la campagne et en bord de mer, je suis une privilégiée. Il est très facile pour moi de consommer des produits locaux, d’acheter de la viande à la ferme et du poisson ou des fruits de mer directement aux pêcheurs tout juste rentrés de leur journée de travail sans passer par divers intermédiaires. Nous avons ici la possibilité et le choix de consommer des animaux élevés en plein air au plus près de la nature. Il n’en reste pas moins que ces animaux sont tués pour être mangés et par conséquent qu’on ne prend pas en compte le fait que ce sont des êtres vivants doués de sensibilité. Même avant de lire ce livre, je ne mangeais quasiment plus de viande ; ce n’est pas que je n’aime plus ça mais je sais que je peux m’en passer. En revanche, j’avoue qu’il est beaucoup plus difficile pour moi de me passer de poissons et de fruits de mer dont je raffole.

Mes enfants de 12 et 6 ans ayant vu que je lisais ce livre, nous avons alors abordé cette fameuse question : «  »Doit-on arrêter de manger des animaux ? ». Leur réponse : ils ont bien conscience que des animaux sont tués pour être mangés mais ils ne sont pas prêts d’arrêter d’en manger pour le moment.

Il n’en reste pas moins que le débat est ouvert !

Et vous, avez-vous lu ce livre d’Hugo Clément ? Qu’en avez-vous pensé ?