Quel avenir pour les zoos ? Quel avenir pour les espèces menacées dans les zoos ?

Comme indiqué dans un précédent post, je me suis rendue avec une amie et nos filles dans un zoo durant les vacances scolaires. Entre-temps, de récents articles de presse concernant la mort accidentelle d’une girafe dans un zoo français m’ont amenée à rédiger cet article sur la question de l’évolution des zoos et de leur utilité pour la préservation des espèces menacées.

Il serait trop simpliste de poser la question « pour ou contre les zoos et les aquariums » – Précisons que les aquariums sont également inclus car ils sont régis par les mêmes textes de lois. Je suis réellement convaincue que le problème est beaucoup plus complexe. Je n’ai pas la prétention de détenir les réponses. Je ne souhaite pas non plus alimenter une polémique mais je pense qu’il est important de se poser la question de l’avenir des animaux dans les zoos et les aquariums quand il est question du bien-être animal et de sa sauvegarde. Et mon article est là pour soulever ces questions.

Après avoir visité le zoo, toutes sortes de questions me sont venues à l’esprit : un animal sauvage en captivité est-il réellement encore un animal sauvage ? Un animal peut-il être heureux en captivité ? Les zoos sont-ils indispensables à la préservation des espèces menacées ? Quel est le véritable rôle des zoos ? Sont-ils vraiment utiles à la préservation ? Les zoos mènent-ils à bien leur rôle ? Les zoos sont-ils amenés à disparaître si l’on veut privilégier le bien-être des animaux ?, … Autant de questions que l’on est à même de se poser quand on est convaincu de l’urgence de mettre en place des actions pour préserver les nombreuses espèces amenées à disparaître dans les prochaines décennies.

Tout d’abord, commençons par quelques chiffres sur les espèces menacées au niveau mondial : la dernière édition de la Liste rouge UICN (2021) indique que sur 142 577 espèces étudiées, 40 084 sont classées menacées.

Mais qu’est-ce que la liste de l’UICN ?

La Liste rouge de l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature, constitue l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation global des espèces végétales et animales. C’est un indicateur privilégié pour suivre l’état de la biodiversité dans le monde. Avec cette liste, on sait aujourd’hui qu’une espèce de mammifères sur quatre, un oiseau sur sept, plus d’un amphibien sur trois et un tiers des espèces de conifères sont menacés d’extinction mondiale. Parmi ces espèces, 41% des amphibiens, 13% des oiseaux et 26% des mammifères sont menacés d’extinction au niveau mondial. C’est également le cas pour 37% des requins et raies, 33% des coraux constructeurs de récifs et 34% des conifères. La France figure parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées : au total, 1 889 espèces menacées au niveau mondial sont présentes sur son territoire, en métropole et en outre-mer (Plus d’info sur ce lien : https://uicn.fr/liste-rouge-mondiale/).

A partir de ces chiffres, voilà les questions qui s’imposent : quel est le rôle des zoos ? Comment interviennent-ils pour préserver les espèces menacées ? Quel est leur utilité dans cette préservation ?

Il existe actuellement plus de 2 000 zoos dans le monde et environ 350 en France. La plupart des parcs zoologiques et aquariums sont membres d’une association comme l’AFdPZ ou l’EAZA (European Association of Zoos and Aquaria), l’association européenne des zoos et aquariums qui a pour principale mission de faciliter la coopération entre les institutions zoologiques européennes dans un objectif de sensibilisation à la biodiversité, de conservation des espèces menacées et de recherche scientifique, le but étant de préserver les espèces animales et végétales.

Mais alors voilà, ces associations ne sont pas, d’une part, des organismes indépendants qui veillent à la transparence des établissements dans la mesure où ils sont dirigés par des directeurs de zoos ; d’autre part, ces associations ont un rôle fédérateur et se réunissent pour défendre les intérêts des zoos. Elles n’ont donc pas de réel pouvoir de contrainte et d’obligation, et encore moins de contrôle sur les zoos et les aquariums. Elles peuvent éventuellement exclure des membres non respectueux de la ligne de conduite imposée par l’association. Et surtout rappelons que les zoos sont libres d’adhérer ou pas à ces associations. Il n’y aucune obligation pour un parc animalier à faire partie de l’EAZA ou de l’AFdPZ. Sur les 350 zoos français, moins d’un tiers fait partie de l’AFdPZ et moins de 15 % sont des membres permanents de l’EAZA.

Ci-dessous une vidéo de Chanee que je trouve particulièrement intéressante. Chanee est le fondateur de l’association Kalaweit qui oeuvre depuis 1998 pour la préservation de la biodiversité en Indonésie et des gibbons en créant des réserves de forêts privées et protégées. A travers cette vidéo, il donne sa vision des parcs zoologiques et propose quelques idées pour faire évoluer les pratiques :

https://www.youtube.com/watch?v=p3m98d3_RTc&t=850s

Cette vidéo permet de soulever des questions primordiales et de mettre en évidence les incohérences et les aberrations pratiquées dans les zoos notamment concernant la question du statut des zoos, la non-transparence des « studbooks » (registres des naissances, des décès, d’affiliation et de suivi pour les zoos) et l’euthanasie de complaisance. Mais il en existe d’autres.

Alors que reproche-t’on à certains zoos ?

– le non-respect du bien-être animal

Un animal sauvage n’est pas né pour être enfermé, que ce soit dans une cage ou un enclos. D’ailleurs, quand un animal sauvage ne vit pas librement dans son milieu naturel, peut-on encore le considérer comme un animal sauvage ? Dans plusieurs parcs animaliers, visiteurs et associations de défense des animaux ont pu constater que certains animaux avaient un comportement apathique, piétinaient, se balançaient, secouaient leur tête voire s’automutilaient. Les scientifiques parlent de comportement névrotique et répétitif appelé « zoochose ». Ce comportement est lié à la frustration de la captivité et ne peut en aucun cas donner une idée du comportement habituel d’un animal sauvage.

Il y a une réelle prise de conscience visant à prioriser le bien-être animal – et c’est plutôt une bonne chose – et c’est la raison pour laquelle de plus en plus d’articles de presse dénoncent les zoos qui ont recours à des enclos peu ou pas du tout adaptés, à des maltraitances, qui créent des spectacles et des lodges très en vogue ces dernières années et dont l’unique but est de divertir le public. En quoi des spectacles ou des lodges qui utilisent des animaux comme objet d’attraction peuvent-ils être un outil de sensibilisation du public à la conservation des espèces ?

L’AFdPZ a rédigé depuis 2009 (seulement depuis 2009 !) un code éthique sur le bien-être animal et la conservation de la biodiversité qui précise les 5 libertés fondamentales pour la faune sauvage et domestique, reconnues par l’organisation mondiale de la santé animale (OIE), à savoir :

  • absence de faim et de soif,
  • absence d’inconfort,
  • absence de douleur, de lésions et de maladie,
  • liberté d’exprimer un comportement normal,
  • absence de peur et de détresse

Toutefois, précisons de nouveau que l’AFdPZ ne peut imposer ce code d’éthique et que les zoos non adhérents ne sont pas soumis à ce code.

– le statut des zoos pose un réel problème

Il y a certes des zoos publics mais la plupart des zoos sont des entreprises privées qui doivent réaliser un chiffre d’affaires. Il y a vraisemblablement un conflit d’intérêt lorsqu’on confie la préservation d’espèces menacées à des organismes privés qui ont pour but de dégager du profit. Certaines associations de défenses des animaux proposent que ces zoos changent de statut et deviennent des fondations ou des associations à but non lucratif. Et pourquoi pas ?

– la majorité des espèces montrées dans les zoos ne sont pas des espèces menacées

Les zoos justifient leur existence par leur rôle de « conservation ». Pour ma part, ce terme de « conservation » me dérange et rappelle le terme qu’on utilise dans les musées pour la conservation des oeuvres d’art. Les animaux ne sont pas des objets que l’on « expose » pour le plaisir des yeux. Je préfère nettement le terme « préservation » qui est vraiment d’actualité puisqu’il y a urgence à sauver de nombreuses espèces menacées. Rappelons que les invertébrés et les amphibiens sont les espèces les plus menacées d’extinction. A ces espèces, s’ajoutent les plantes et les champignons qui ne sont quasiment pas voire pas du tout représentés dans les zoos et les aquariums. Une grande majorité de zoos préfère montrer des espèces plus « exotiques », attrayantes pour le public et surtout plus rentables mais pas réellement menacées.

Parallèlement, beaucoup de zoos s’obstinent à entretenir des élevages d’espèces non menacées qui ont pour unique but d’attirer le public. Je prendrai ici l’exemple des tigres et des lions blancs (cf à mon article « Visite d’un zoo pendant les vacances » du 20 avril ). Leur élevage en captivité engendre non seulement une forte consanguinité avec de nombreux troubles de santé de l’animal mais fausse totalement le rôle de préservation des espèces.

Alors peut-on parler de réelle préservation des espèces quand certains zoos pratiquent une politique d’élevage d’espèces non menacées et utilisent par ailleurs l’euthanasie faute d’espace disponible ?

– La plupart des zoos manquent à leur obligation d’éducation et de sensibilisation du public.

La grande majorité des zoos manquent d’outils d’informations et de sensibilisation soulignant la fragilité de la biodiversité. Je suis toujours étonnée du peu d’informations que l’on peut trouver dans les zoos. Il y a très peu de panneaux d’affichage ou autres supports sur les réelles actions menées par les zoos, aussi bien dans le parc que sur leurs sites internet.

Pourtant, la survie des zoos est incontestablement liée au message qu’ils véhiculeront pour éduquer et sensibiliser le public en menant un discours véritablement environnemental. A l’heure actuelle, la reproduction d’espèces qui ne sont pas menacées n’apporte rien. Il faut informer et intéresser les gens à des espèces qui, à priori, ne les intéressent pas. C’est là que le rôle des zoos et des aquariums a toute son importance et c’est, à mon avis, dans ce sens qu’ils doivent évoluer.

– les zoos ont pour argument qu’il participent à la préservation de la biodiversité mais rares sont ceux s’engagent réellement pour que les animaux soient relâchés dans la nature :

Chaque zoo devrait avoir pour principe que si l’on choisit d’héberger une espèce, la question n’est pas de savoir si elle va attirer du public mais si sa sauvegarde nécessite une conservation en captivité. Les zoos doivent avant tout être des lieux de préservation des espèces réellement menacées. Si l’objectif des zoos est celui de la conservation animale alors la réintroduction des espèces dans un habitat sûr et naturel doit devenir leur objectif principal. Préserver l’habitat sauvage reste la solution la plus efficace pour protéger les espèces. Certains zoos montrent l’exemple en consacrant une partie de leurs financements à des projets de conservation et de réintroduction mais ils restent minoritaires à l’heure actuelle.

En 2018, l’EAZA a redéfini les méthodes et les objectifs des programmes d’élevage en se tournant davantage vers la conservation animale en milieu naturel et a lancé ses neufs premiers « EAZA Ex situ Programmes ».

Actuellement, une proportion minime d’espèces menacées est retournée à son habitat naturel. La priorité est donc de préserver les espaces naturels de l’intrusion de l’Homme et du braconnage notamment. Et lorsque ces espaces naturels ont déjà disparu, il faut les reconstruire pour permettre sur le long terme la réintroduction des espèces menacées de disparition. Et c’est là que doivent intervenir les équipes des zoos.

Je reste convaincue que les zoos ont un rôle important à jouer dans la préservation des espèces menacées. Certaines espèces n’ont, à l’heure actuelle, plus de milieu naturel pour survivre. Doit-on laisser ces espèces disparaître ou les préserver temporairement en les maintenant vivants dans des zoos ? Et si les zoos devaient fermer dans l’immédiat, qu’adviendrait-il de ces animaux nés en captivité ? Les relâcher en milieu naturel est inconcevable car la plupart sont incapables de se nourrir ni de survivre.

Toutefois, la finalité pour ces espèces menacées ne doit pas pour autant être la captivité. La priorité est de reconstruire, de protéger et de préserver des réserves, des sanctuaires, des territoires-refuges recréant les milieux naturels de ces animaux plutôt que multiplier les naissances en captivité. L’ensemble des zoos – et non pas seulement quelques-uns – doit se consacrer entièrement à des programmes visant à développer des projets de « conservation » in situ pour la réintroduction progressive des espèces en milieu naturel. Pour mener à bien ces programmes, le travail des équipes (soigneurs, vétérinaires, chercheurs, éthologues) dans les zoos doit se poursuivre en lien étroit avec l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) qui est l’organisme le plus à même de leur faire connaître les besoins des espèces en milieu naturel.

Quant au statut des zoos, il doit aussi changer. Il n’est pas concevable qu’une entreprise privée générant des profits soit en charge de la préservation des espèces menacées. Le bien-être animal doit devenir la priorité, ce qui implique peut-être de ne plus rendre les espèces visibles au public pour favoriser leur bien-être ou alors de revoir la taille des enclos, de ne plus exposer d’espèces qui ne sont pas menacées pour la satisfaction du public et la réalisation de profits. Parallèlement, en France, l’Etat, responsable de s’assurer que les zoos respectent la loi en pratiquant des contrôles, ne devrait-il pas intervenir pour imposer à l’ensemble des zoos et aquariums de nouveaux textes de lois et un organisme de contrôle indépendant ?

Et vous qu’en pensez-vous ?

Citation de la semaine

« C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas« .

Victor Hugo

Pas grand chose à ajouter … sauf peut-être … allez lire le rapport du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publié le 28 février 2022 ou au moins son résumé.

La nature est belle, préservons-la.

Belle semaine.

Les Copains de la petite salamandre – tome 1 et 2

Un grand merci aux éditions de La Salamandre et à Babelio qui m’ont fait découvrir ces deux livres à quelques mois d’intervalle. Ma fille les adore et nous les relisons très régulièrement. Nous passons vraiment un bon moment avec ces deux ouvrages et j’ai eu envie de les partager avec vous.

Dans le 1er tome, notre petit héros Sam la petite salamandre part à la rencontre du hibou, de la grenouille et de la coccinelle sans oublier ses amis Moucheron, Papillon et quelques autres petits animaux comme la fouine ou le brochet. Dans le tome 2, Sam la petite salamandre va cette fois-ci faire la connaissance de la marmotte, de la chauve-souris et de la mésange charbonnière.

J’aime ces deux livres pour plusieurs raisons :

  • pour les dessins qui sont très colorés, des couleurs vives et joyeuses, très attirantes pour l’oeil,
  • pour le papier et la couverture dont le toucher est particulièrement agréable,
  • pour les dialogues entre les animaux facilement compréhensibles par l’enfant car ils sont représentés dans une bulle qui identifie clairement chaque animal qui parle.

Ma fille, quant à elle, n’attend que 2 choses avec impatience lorsque je lis ces livres :

  • que je prononce la petite phrase devenue presque un rituel « T’es qui toi ? » lorsqu’on découvre un nouvel animal encore jamais rencontré
  • qu’elle puisse répondre aux questions du quiz après chaque histoire qui commence toujours par : « Allez, on récapépette …euh …on récapitule ! ».

A découvrir de toute urgence par les parents qui souhaitent éveiller la curiosité de leurs plus jeunes enfants. Comment ne pas faire aimer la nature à nos enfants après avoir lu ces deux merveilleux livres ? Je les recommande vivement. A quand le prochain tome ? Nous avons hâte ma fille et moi.

Ces ouvrages m’ont donné envie d’en savoir plus sur les éditions de la Salamandre. Je savais bien évidemment qu’ils proposent des abonnements pour faire découvrir la nature aux enfants et adolescents. Mais j’ai également découvert une mine de « trésors », de nombreux ouvrages sur la nature pour les enfants, les adolescents et les adultes. Je vous invite à les découvrir si, comme moi, vous ne connaissiez pas : https://boutique.salamandre.org/nos-livres.rub-67/

Vous connaissez l’un et/ou l’autre de ces ouvrages ? Vous les avez lus ? Qu’en pensez-vous ?