Citation de la semaine

Il y avait longtemps que je n’avais pas publié de citation … Alors en voilà une de l’artiste Henri Matisse (1869-1954) qui m’inspire et que j’aime particulièrement. Cette citation provient de ses Ecrits et propos sur l’art publié à titre posthume (1972) :

« Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir« .

Vous l’aurez compris, Matisse ne parlait pas seulement de botanique. Il y a des fleurs absolument partout autour de vous. Alors, prenez le temps, ouvrez l’oeil, soyez attentifs !

Belle semaine à toutes et à tous.

Le Talisman de Paul Sérusier – 1888

La première grande exposition en France consacrée à l’art décoratif et ornemental des Nabis intitulée « Les Nabis et le décor » a eu lieu en 2019 au Grand Palais (https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/les-nabis-et-le-decor). Et parce que j’ai étudié ce groupe de peintres et que j’ai une affection toute particulière pour le petit village de Pont-Aven (https://www.deconcarneauapontaven.com/visites/visiter-pont-aven/), j’ai choisi de vous présenter cette oeuvre. J’aime les peintures aux couleurs vives et exaltées des Nabis, j’aime cette « sensation de couleurs » dont parle Maurice Denis, l’un des membres de ce cercle de peintres.

Ce tableau peint par Paul Sérusier en 1888, baptisé Le Talisman ou L’Aven au Bois d’Amour, est exposé au Musée d’Orsay. Je vous invite à vous rendre sur le site de ce grand musée : https://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/recherche/commentaire_id/le-talisman-7071.html

Inscrit depuis 1885 à l’Académie Julian à Paris, le peintre Paul Sérusier (1864-1927) part en vacances à la fin de l’été 1888 avec sa famille à Concarneau. Il se rend par curiosité à Pont-Aven, petit village situé en Bretagne dans le sud-est du Finistère, et séjourne à l’auberge Gleonec où il fait la connaissance d’Emile Bernard et la veille de son départ, de Paul Gauguin.

C’est alors que sous la conduite de Paul Gauguin, chef de file de l’Ecole de Pont-Aven, Paul Sérusier va peindre sur un couvercle de boîtes à cigares un petit paysage du Bois d’Amour (nom du bois qui borde le village de Pont-Aven). Paul Gauguin le guide : « Comment voyez-vous ces arbres ? Jaunes, et bien mettez du jaune, le plus beau jaune de votre palette. Cette ombre ? Plutôt bleue, peignez-la avec de l’outremer pur, et ces feuilles ? Rouges, mettez du vermillon » (Maurice Denis, « Paul Sérusier, préface du livre ABC de la peinture de Paul Sérusier, 1942).

Lorsqu’il rentre à Paris, Paul Sérusier montre sa peinture à ses camarades de l’Académie Julian et de l’école des Beaux-arts. Celle-ci fait naître des débats. Quelques peintres, notamment Pierre Bonnard, Maurice Denis, Edouard Vuillard ou encore Paul Ranson ont une révélation et ce tableau devient le manifeste de cette génération de peintres. C’est ainsi que le cercle des Nabis (« les prophètes » en Hébreu), mouvement artistique post-impressionniste d’avant-garde et en marge de la peinture académique, voit le jour.

Influencés par les estampes japonaises, les Nabis sont encouragés par Paul Gauguin à user de ce « droit de tout oser, oser la couleur, ne pas peindre d’après la nature, mais l’exalter, aller à l’essentiel ». En réaction à l’impressionnisme, au naturalisme, les Nabis veulent libérer leur peinture des exigences du réalisme et créent le synthétisme, une peinture basée sur la géométrisation de la composition et sur l’emploi d’aplats de couleurs pures et vives sans perspectives. Les détails disparaissent pour ne garder que l’essentiel.

Certains artistes de ce groupe, nés dans l’impressionnisme n’appliqueront jamais cette esthétique, d’autres n’y céderont qu’un temps et reviendront naturellement à une forme d’expression artistique dite post-impressionniste. Le mouvement ne dure que quelques années.

L’appellation « Nabis » n’a jamais été publique ni revendiquée lors des expositions de ces artistes à l’époque. Elle ne sera utilisée que bien plus tard pour parler de ce cercle de peintres issu de l’Ecole de Pont-Aven.

Pour le plaisir des yeux, voici quelques oeuvres de Paul Gauguin datant des années 1880 :

De gauche à droite :

  • La Vision du sermon ou La Lutte de Jacob et de l’Ange, 1888 – National Gallery of Scotland, Edimbourg, Ecosse.
  • Le Christ jaune, 1889 – Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, Etats-Unis
  • La belle Angèle, 1889 – Musée d’Orsay, Paris