A la rencontre d’Eunice

Vendredi 18 février 2022. Il est 10h30 environ. J’arrive à Goury, une petite terre au bout du monde, à la pointe de la Hague, dans le Cotentin. C’est un endroit sublime qui abrite un petit port et un phare de 50 mètres de haut. Je suis venue ici pour immortaliser le passage de la terrible Eunice.

Mais Eunice, c’est qui ou plutôt c’est quoi ?

Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité, Eunice c’est la très forte tempête hivernale qui a « débarqué » le vendredi 18 février, provenant du sud de l’Irlande et envahissant les côtes françaises du Cotentin et de la Normandie toute entière jusqu’au Nord Pas-de-Calais. Cette tempête imprévisible a occasionné de violentes rafales de vent de sud-ouest, variant de 100 à 140 km/h dans le Cotentin, avec un record à 149 km/h enregistré à Barfleur en milieu de journée. Les rafales de vent ont également atteint d’autres records dans les Hauts de France.

A mon arrivée, j’aperçois déjà d’autres photographes amateurs et professionnels et de nombreux curieux venus admirer le spectacle. J’entame une conversation avec un photographe venu de Coutances pour l’occasion. Il est là depuis 8h30. Il a vu la mer se transformer et a même pu apercevoir un phoque qui, apeuré et perturbé à la fois par la tempête et les gens attroupés, a rapidement pris la fuite.

Le coefficient de la marée est de 91 pour une mer pleine à 9h20. Face à moi, le raz Blanchard, connu pour la force de ses courants et ses vagues même les jours sans vent, s’est métamorphosé tel un champ de bataille comme si les vagues immenses avaient décidé de prendre possession des terres haguaises. Eunice mène le combat et ses déferlantes se dressent de toutes leurs hauteurs. Aujourd’hui, Eole et Poséïdon se jouent des hommes. Ce n’est pourtant pas un jeu. S’agit-il alors d’un combat mené par la nature ? Dans ce cas, il est très inégal. Il est évident que l’homme ne fait pas le poids. Il n’a d’ailleurs aucune chance. Durant ce vendredi, la mer est indomptable et rien ne semble pouvoir l’apaiser.

Une chance, il ne pleut pas bien que les embruns rendent les environs très humides. Je m’équipe de mes objectifs choisis pour l’occasion : le 70-200 mm et le 150-600 mm que j’utilise à Goury. Plus tard dans la journée, j’utiliserai le 24-70 mm au Cap Lévy. Certaines personnes ont fait le choix de s’approcher au plus près de la mer, juste à côté de la station de sauvetage de la SNSM qui abrite le « Mona Rigolet« , le canot tout temps qui sert actuellement aux sauvetages en mer et qui sera remplacé l’année prochaine après plus de 30 années de service. A ce moment, mes pensées se tournent vers ces marins bénévoles : que peuvent-ils bien éprouver et ressentir à chaque sortie en mer ? D’autres se sont positionnés juste en face du phare, à proximité de la Croix du Vendémiaire, monument commémoratif en souvenir du naufrage du sous-marin Vendémiaire en 1912.

Pour ma part, je fais le choix de rester en retrait pour deux raisons : la prudence (les rafales de vent et la tempête est à son comble durant les heures où je suis sur place) et les angles de prises de vues. De là où je me trouve, la vue est propice à une infinité d’angles de vue et mes objectifs me permettent de photographier tout en restant à bonne distance. Une place idéale pour admirer le spectacle dans sa globalité.

J’emprunte donc le chemin qui se situe à quelques dizaines de mètres du port et je m’abrite derrière les murets typiques de la Hague. Je me déplace difficilement entre les rafales de vent et je suis obligée de trouver des appuis sur les petits murs pour garder une certaine stabilité. L’inspiration est déjà là.

La mer se tient devant moi, à la fois immense et inaccessible, impressionnante et majestueuse. Ses déferlantes apparaissent toujours plus démesurées. Elle nous rappelle ici que c’est la nature qui décide et qui reprend ses droits quand elle le veut. Devant ces gigantesques vagues, je me sens toute petite et en même temps si convaincue d’être à ma place pour immortaliser ce moment. Que de sensations ressenties devant ce décor exceptionnel ! Les vagues se transforment en des représentations fantasmagoriques absolument extraordinaires ! Mon œil ne sait plus où regarder : trop d’images uniques à la fois ! Un sentiment fort d’immensité m’envahit soudain. Je me retrouve hors du temps. Avec mon appareil photo, j’essaie de capter chaque détail, d’éterniser chaque moment, d’apprivoiser le sujet si cela semble possible dans ces circonstances.

Eunice c’est comme un feu d’artifice. Il y a le son, ce bruit assourdissant des rafales et des vagues grandioses, et il y a cette infinité de couleurs qui ravirait la palette d’un peintre. Il ne s’agit pas de feu mais d’eau, un élément parfois tout aussi périlleux.

Je quitte Goury vers midi. Mais je n’en reste pas là avec Eunice. Je suis curieuse de voir de quelle manière la tempête évolue dans le Val de Saire, de l’autre côté du Cotentin. Je pars donc en direction du Cap Lévy à Fermanville. Le vent souffle de plus en plus fort ; la tempête est à son comble sur le littoral. Pourtant, sur Cherbourg, malgré le vent, la mer paraît calme, presque trop calme. Le remorqueur d’assistance et de sauvetage, l’Abeille Liberté, est posté dans la rade, prêt à intervenir en cas de besoin.

J’arrive au port du Cap Lévy. La mer est toute aussi déchaînée qu’à Goury mais le soleil qui se faisait timide en fin de matinée, est bien présent ici. Cette lumière m’offre une palette de couleurs tellement différente de Goury mais toute aussi inspirante et exaltante. Des arcs-en-ciel se forment constamment au-dessus des gigantesques vagues qui s’engouffrent dans le petit port. Je me poste, un peu à l’abri, contre le pignon et le petit muret qui jouxtent le port. C’est un moment aussi magique qu’à Goury. Rien n’arrête les déferlantes. Elles poursuivent leur chemin sur l’unique route qui mène au fort et que je vais bientôt emprunter.

Je reprends la route direction le Fort du Cap Lévy. Difficile de pénétrer dans l’enceinte du fort comme si le vent avait décidé qu’aujourd’hui il prenait possession des lieux. Le paysage, lui aussi, reste toujours aussi imprenable ; je ne m’en lasserai jamais. Un lieu tout aussi fascinant que Goury. Ici, la mer pourrait presque paraître plus paisible mais ce n’est seulement qu’une apparence.

Aujourd’hui et pour quelques heures encore, la mer se déchaîne et apparaît sous son jour le plus menaçant. Elle révèle dans toute sa splendeur son côté sauvage et dangereux. Elle reste pourtant captivante à mes yeux et cela ne m’empêche pas de l’affectionner car elle fait partie de ce que je suis. Je suis née dans le Cotentin et j’y vis ; je côtoie cette mer depuis mon enfance. Il est pour moi inconcevable de rester longtemps éloignée d’elle. Elle est mon oxygène les jours où le monde ne tourne pas rond, les jours remplis de doute, les jours où rien ne va. Comment imaginer, même une seule seconde, vivre loin de cette mer si essentielle pour moi, habitante du Cotentin et du littoral ?

A 14h : fin du spectacle pour moi mais pas pour Eunice qui restera quelques heures encore sur les côtes pour le régal de nos yeux. Pour ma part, je rentre chez moi avec quelques milliers de photos à trier. Je vous laisse imaginer, à la fin de mon périple, l’état du matériel blanchi par le sel, une coupe de cheveux des plus originales, la peau desséchée par les embruns, les mains et les bras endoloris par le poids de l’appareil et du téléobjectif tenus à bouts de bras plusieurs heures d’affilée. Mais cela en valait tellement la peine : j’ai la tête remplie d’images spectaculaires et inoubliables et les sensations qui m’ont envahie durant cette journée ne disparaîtront que tard dans la soirée.

Dès le lendemain, Eunice fait presque déjà partie du passé et cède sa place à la tempête Franklin.

Du phare de Carteret à la plage de la Potinière

Je souhaite vous faire découvrir ma région, mon petit coin de paradis où il fait bon vivre : le Cotentin. Située dans le département de la Manche, c’est un territoire qui mérite d’être davantage connu. A travers les photographies prises durant mes balades et randonnées, vous pourrez découvrir les « trésors » que renferme cette terre riche en histoire et en patrimoine. Mais les sites magnifiques à découvrir sont très nombreux. Et comme je dois bien commencer par l’un d’eux, je commencerai donc par Barneville-Carteret où je me suis rendue récemment.

Commençons par voir où se trouve Barneville-Carteret pour ceux qui ne connaissent pas. C’est une commune de plus de 2 200 habitants située sur la côte ouest du Cotentin dans le département de la Manche en Normandie : https://www.google.fr/maps/place/Barneville-Carteret/

Prenons donc un instant pour découvrir l’un des 4 phares du Cotentin puis empruntons le GR223 autrement appelé le sentier des douaniers pour atteindre la plage de la Potinière que le phare surplombe.

Edifié en 1837 sur la falaise du Cap de Carteret, ce phare a été construit pour guider les navires jusqu’au port de Carteret. Composé d’une tour carrée sur un bâtiment en pierres apparentes, ce phare connaît un agrandissement en 1870 avec la construction de 2 maisons de gardien. Contrairement au phare de Gatteville qui demande un peu d’exercice avec ses 365 marches, le phare de Carteret n’en possède que 38. Automatisé en 1976, il fonctionne encore aujourd’hui. Pour les curieux de patrimoine et d’histoire, il y a un accès gratuit à un espace muséographique et à une salle d’exposition temporaire. Des visites commentées sont également possibles notamment en soirée avec l’allumage du phare. Retrouvez plus d’informations sur https://www.encotentin.fr/patrimoine-maritime/phare-carteret

Situé à 85 mètres au-dessus du niveau de la mer, le phare est un lieu incontournable pour qui souhaite avoir une vue imprenable sur les îles anglo-normandes, en particulier Jersey, et l’archipel des Ecrehou (petit archipel anglo-normand constitué d’îles et de rochers dont certains sont submergés par la marée haute).

Quelque soit la saison où vous irez au Cap de Carteret, vous pourrez y admirer de multiples couleurs fascinantes du ciel et du bord de mer sans cesse différentes. Les photos que je propose ici dans cet article ont été prise le 31 décembre 2020 et vous pourrez constater que le ciel et la mer m’offraient une palette de couleurs exceptionnelle.

Le Cap de Carteret domine d’un côté la plage de la vieille église qui commence au nord du cap et se termine au niveau de la pointe du Rozel, soit plus de 10 kilomètres de sable fin. De l’autre côté, on peut découvrir la plage de Carteret appelée également plage de la Potinière (du même nom que le restaurant situé juste face à la mer).

Suivre le sentier des douaniers pour rejoindre la plage de la Potinière tout en admirant la vue : quel bonheur !

La plage de Carteret est un lieu de rendez-vous incontournable l’été aussi bien pour les touristes et les vacanciers que pour la population originaire du Cotentin. Une cinquantaine de petites cabanes ou chalets qui rappellent la mode des bains de mer de la fin du XIXe siècle fait la particularité et le charme de cette plage de sable fin.

En plus, des paysages magnifiques qu’offre cette station balnéaire, il existe bien d’autres choses à découvrir à Barneville-Carteret, je n’en citerai que quelques-uns : le train touristique du Cotentin qui permet de se rendre au marché de Port-Bail chaque mardi en été ou de partir en balade à la découverte du patrimoine local (https://www.train-touristique-du-cotentin.com/), le site de la vieille église ou encore la goélette Neire Maöve, la « mouette noire » en patois normand (https://www.neiremaove.com/).

Si vous souhaitez davantage d’informations, rendez-vous sur https://mairie.barneville-carteret.fr/ et sur https://www.manchetourisme.com/barneville-carteret.

Fermanville : du fort du Cap Lévy à la vallée des moulins

Prenez un instant et venez découvrir Fermanville.

Cette petite commune située dans la Manche et plus précisément dans le Nord-Cotentin vous emmène à la fois en bord de mer et à la campagne et révèle des paysages sauvages magnifiques : https://www.google.fr/maps/place/Fermanville.

Si vous visitez la région en voiture, arrêtez-vous au port du Cap Lévy :

Continuez à pied et profitez d’un grand bol d’air frais en empruntant le GR223, autrement appelé le sentier des douaniers. Vous y découvrirez plantes et animaux :

Bientôt, sur le sentier, se dessine le fort du Cap Lévy.

Situé au coeur d’un vaste espace naturel protégé par le Conservatoire du littoral, le site du Cap Lévy est un ancien fort érigé entre 1801 et 1806 sur ordre de Napoléon Bonaparte pour défendre les côtes du Cotentin contre les attaques de la marine britannique. A partir de 1875, le fort n’est plus utilisé et sera mis en vente. Acheté en 1881, il devient une propriété privée. Après avoir appartenu à un ancien douanier puis un fabricant de beurre, le fort est racheté en 1905 par les enfants de l’Amiral Dumas-Vence et leur servira de résidence secondaire jusqu’en 1939. Le site est ensuite réquisitionné durant les deux guerres mondiales et sera bombardé. Il est en ruines lorsqu’il est racheté en 1953 par Félix Amiot, propriétaire du chantier naval cherbourgeois des Constructions Mécaniques de Normandie (CMN). Il en fait lui aussi une résidence privée. En 1990, le fort devient la propriété du Conservatoire du littoral qui en confie la gestion au Conseil départemental de la Manche.

Aujourd’hui, c’est un lieu de découverte et de séjour puisque des chambres d’hôtes sont proposées : https://www.fortducaplevi.fr.

Depuis le jardin calme et paisible du Fort, profitez de la vue imprenable sur la rade de Cherbourg.

Prenez le temps d’admirer le paysage dans toute sa splendeur tout en étant bercé par le bruit des vagues. Puis poursuivez sur le GR223 et allez jusqu’au phare du Cap Lévy. Erigé en 1858, ce phare est remarquable pour sa forme carrée et non cylindrique. Détruit durant les opérations du Débarquement en 1944, il est reconstruit après la guerre.

Après avoir dépassé le phare, vous pourrez découvrir le port Pignot. Celui-ci a été créé en 1889 à l’initiative de Charles Pignot pour permettre le transport des pierres de granites roses issues de la carrière située juste au-dessus de ce petit port, très certainement l’un des plus petits ports de France. Le granite de Fermanville est réputé pour sa couleur rosée. Utilisées à l’origine pour la construction des habitations locales, les pierres extraites de cette carrière ont notamment servi à la construction d’édifices comme la grande rade et le port de Cherbourg, le phare de Gatteville, la façade du magasin « Printemps » à Paris, l’obélisque d’Utah Beach ou encore les pavés de Lille.

Le site archéologique du Port Pignot est également, avec le site de la Roche Gélétan à Saint-Germain-des-Vaux, le plus ancien de Normandie. En effet, des fouilles menées en 1978 ont révélées des traces d’habitats et de nombreux outils de silex datant d’environ 250 000 avant Jésus-Christ (Paléolithique moyen). C’est l’un des premiers lieux en Europe où se sont établis des humains.

Poursuivez votre chemin et vous arriverez ensuite sur la plage de la Mondrée.

Changez de décor. Quittez le bord de mer et empruntez les petites ruelles de Fermanville. Arrêtez-vous dans un lieu insolite : la Chapelle de la Lorette. Vous pourrez y admirer les couleurs marocaines et y acheter diverses pièces d’artisanat issues de voyages au pays du Maghreb.

Rejoignez ensuite le parking où se trouve l’Office de tourisme. Deux possibilités s’offrent à vous :

  • Visiter la Ferme « Le p’tit gris des moulins ». C’est tout à fait adapté pour des enfants, ils seront ravis ; vous pouvez y découvrir les produits de cette ferme et séjourner dans leurs cabanes : https://www.ptit-gris-moulins.fr/
  • ou continuer dans la direction de la vallée des moulins, un endroit presque magique qui vous rapproche toujours plus de la nature.
  • ou encore faire les deux ! L’un comme l’autre sont vraiment sympas à faire.

En suivant ce sentier, vous pourrez passer sous le viaduc de 242 mètres de long et de 32 mètres de hauteur. Ce viaduc permettait entre 1911 et 1950 à la ligne de chemin de fer Cherbourg-Barfleur, appelée ici « le Tue-vaques », de franchir la vallée des Moulins. Les travaux de ce viaduc débutent en 1908 et sont réalisés par les entreprises cherbourgeoises Noyon et Daudon. La construction durera deux années. La ligne de chemin de fer est inaugurée en 1911. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le viaduc est saboté par les Allemands mais sera reconstruit à l’identique en 1946. La ligne est définitivement fermée en 1950. Le viaduc fait aujourd’hui le bonheur des promeneurs et des randonneurs.

Si vous souhaitez vous rendre à Fermanville, rendez-vous sur le site de la mairie : http://mairiefermanville.fr/?page_id=9 ou encore le site de l’Office du tourisme du Cotentin : https://www.encotentin.fr/fermanville.